Le translanguaging : pourquoi mélanger les langues est souvent une compétence… et non un problème

Introduction

« Maman, j’ai oublié mon backpack. »

« Tu peux me passer la bouteille ? »

« Aujourd’hui, on a fait une science experiment. »

Si vous êtes parent d’un enfant expatrié, ces phrases vous sont probablement familières. Elles apparaissent souvent dès les premières années de scolarisation dans une autre langue et deviennent parfois une source d’inquiétude. Beaucoup de familles ont alors le sentiment que leur enfant « mélange les langues », qu’il confond le français avec l’anglais, l’espagnol ou l’allemand, ou encore qu’il est en train de perdre progressivement sa langue familiale.

Ces inquiétudes sont parfaitement compréhensibles. Pendant longtemps, les discours éducatifs ont laissé penser qu’un bon bilingue devait séparer parfaitement ses langues. Mélanger plusieurs langues dans une même phrase était souvent perçu comme le signe d’une maîtrise incomplète, voire d’une confusion linguistique. Certains parents en viennent ainsi à corriger systématiquement leur enfant ou à lui demander de « choisir une langue ».

Pourtant, les recherches menées depuis une trentaine d’années racontent une histoire très différente.

Les spécialistes du plurilinguisme considèrent aujourd’hui que ces pratiques sont, dans la grande majorité des cas, parfaitement normales. Elles ne traduisent pas une confusion, mais le fonctionnement naturel d’un cerveau qui mobilise plusieurs langues en même temps. Plus encore, ces alternances peuvent témoigner d’une véritable compétence linguistique.

Pour décrire cette réalité, les chercheurs utilisent un terme devenu incontournable : le translanguaging.

Un concept peu connu

Encore peu connu du grand public francophone, ce concept a profondément transformé notre manière de comprendre le bilinguisme. Il invite à abandonner une vision selon laquelle les langues fonctionneraient comme des compartiments totalement séparés. Il propose au contraire de considérer que les personnes plurilingues disposent d’un répertoire linguistique unique, dans lequel elles puisent naturellement les ressources dont elles ont besoin pour communiquer.

Pour les familles vivant à l’étranger, cette évolution des connaissances est particulièrement importante. Les français pour enfants expatriés ne se développent pas dans les mêmes conditions que ceux des enfants scolarisés en France. Les langues se rencontrent en permanence : à l’école, dans les activités extrascolaires, avec les amis, sur les réseaux sociaux ou au sein même de la famille. Comprendre le translanguaging permet donc de mieux interpréter les comportements linguistiques des enfants et d’éviter de transformer des phénomènes normaux en sources d’inquiétude.

Dans cet article, nous allons découvrir d’où vient ce concept, ce qu’il signifie réellement, ce que disent les recherches scientifiques les plus récentes et, surtout, ce qu’il change concrètement pour les familles qui souhaitent accompagner le français pour enfants expatriés de manière sereine et éclairée.

Qu’est-ce que le translanguaging ?

Le translanguaging chez les enfants expatriés

Une définition simple pour comprendre un concept souvent mal interprété

Le mot translanguaging peut sembler intimidant au premier abord. Pourtant, l’idée qu’il recouvre est relativement simple.

Le translanguaging désigne la manière dont une personne plurilingue mobilise l’ensemble de ses ressources linguistiques pour communiquer. Plutôt que de considérer qu’elle possède plusieurs langues complètement séparées, cette approche montre qu’elle utilise un répertoire global dans lequel les différentes langues interagissent en permanence.

Prenons un exemple très courant.

Un enfant rentre de l’école et dit :

« Aujourd’hui, on a fait une expérience en science et après on est allés au playground. »

Pour beaucoup d’adultes, cette phrase donne immédiatement l’impression que l’enfant mélange le français et l’anglais parce qu’il ne maîtrise pas correctement l’une des deux langues.

Les chercheurs proposent une interprétation différente.

Ils considèrent que l’enfant choisit spontanément les ressources linguistiques les plus accessibles au moment où il raconte sa journée. Les mots anglais lui viennent naturellement parce qu’ils ont été utilisés plusieurs heures durant à l’école. Son objectif n’est pas de respecter les frontières entre les langues, mais de communiquer efficacement.

Dans cette perspective, le translanguaging n’est pas un défaut à corriger.

Il constitue une manière normale d’utiliser un répertoire plurilingue.

Cette définition change profondément notre regard sur les enfants bilingues. Elle invite à ne plus voir leurs langues comme deux systèmes indépendants qui devraient rester parfaitement séparés, mais comme un ensemble de ressources complémentaires.

Pour les familles qui accompagnent le français pour enfants expatriés, cette évolution est fondamentale. Elle permet de comprendre que l’apparition de mots issus d’une autre langue ne signifie pas automatiquement que le français disparaît. Bien souvent, ces alternances témoignent simplement de la richesse du fonctionnement linguistique de l’enfant.

Une définition scientifique qui a changé notre vision du bilinguisme

Le concept de translanguaging a été développé dans sa forme actuelle par les chercheurs Ofelia García et Li Wei, dont les travaux font aujourd’hui référence dans le domaine du plurilinguisme.

Selon eux, les personnes bilingues ou plurilingues ne disposent pas de plusieurs systèmes linguistiques totalement indépendants. Elles possèdent un répertoire linguistique intégré, constitué de toutes leurs connaissances langagières, qu’elles mobilisent de manière flexible selon les situations.

Cette idée rompt avec une conception longtemps dominante dans la recherche. Pendant des décennies, les langues étaient décrites comme des systèmes autonomes qu’il convenait de maintenir soigneusement séparés. Les pratiques consistant à passer d’une langue à l’autre étaient souvent considérées comme des écarts ou des interférences.

Le translanguaging inverse complètement cette perspective.

Il affirme que les frontières entre les langues sont beaucoup moins rigides qu’on ne l’imaginait. Dans la vie quotidienne, les personnes plurilingues adaptent constamment leur manière de parler en fonction de leur interlocuteur, du contexte, du sujet abordé ou encore de leurs émotions.

Cette approche rejoint les travaux de François Grosjean, qui rappelle depuis de nombreuses années qu’un bilingue n’est pas « deux monolingues dans une seule personne ». Les langues coexistent, interagissent et s’influencent mutuellement.

Pour les spécialistes du français pour enfants expatriés, cette évolution théorique est particulièrement importante. Elle montre que les alternances observées chez les enfants ne doivent plus être interprétées comme des anomalies, mais comme l’expression naturelle d’une compétence plurilingue en construction.

D’où vient le concept de translanguaging ?

Une idée née dans les écoles galloises

Le terme translanguaging n’est pas apparu par hasard. Son histoire commence au Pays de Galles, dans les années 1980, bien avant qu’il ne devienne un concept majeur de la recherche internationale sur le plurilinguisme.

À cette époque, l’enseignant et chercheur gallois Cen Williams s’intéresse à l’enseignement bilingue dans les écoles où les élèves utilisent quotidiennement le gallois et l’anglais. Il constate que les pratiques pédagogiques traditionnelles reposent sur une séparation très stricte des langues. Les enseignants expliquent une leçon en gallois, puis demandent aux élèves de travailler uniquement dans cette langue. Les mêmes principes s’appliquent à l’anglais. Les deux langues sont considérées comme deux systèmes totalement indépendants qu’il convient de maintenir soigneusement séparés.

Williams observe pourtant que les élèves comprennent souvent mieux lorsqu’ils peuvent mobiliser leurs deux langues au cours d’une même activité. Il imagine alors une démarche pédagogique originale : lire un texte dans une langue, puis le discuter, le résumer ou répondre à des questions dans l’autre langue. L’objectif n’est pas de mélanger les langues au hasard, mais de permettre aux élèves d’utiliser l’ensemble de leurs ressources linguistiques pour construire leurs apprentissages.

Pour désigner cette pratique, il emploie le terme gallois trawsieithu, qui sera traduit quelques années plus tard par translanguaging.

À l’origine, le concept ne décrit donc pas une caractéristique des enfants bilingues. Il désigne avant tout une stratégie pédagogique destinée à favoriser les apprentissages dans les classes bilingues.

Cette précision est importante, car elle montre que le translanguaging est né dans le domaine de l’éducation avant de devenir un concept central en sociolinguistique et en psycholinguistique.

Ofelia García : une nouvelle manière de comprendre le plurilinguisme

Le véritable tournant scientifique intervient au début des années 2000 grâce aux travaux de la sociolinguiste Ofelia García. En s’appuyant sur les observations réalisées dans des écoles bilingues américaines, elle propose une interprétation beaucoup plus large du translanguaging.

Selon García, les personnes plurilingues ne passent pas constamment d’une langue à une autre comme si elles changeaient de compartiment. Elles mobilisent un répertoire linguistique unique, constitué de toutes leurs connaissances langagières. Les frontières entre les langues sont beaucoup plus perméables qu’on ne le pensait auparavant.

Cette approche rompt avec une vision longtemps dominante dans la recherche. Pendant des décennies, les langues ont été étudiées comme des systèmes parfaitement distincts. Les alternances étaient souvent décrites comme des exceptions qu’il convenait d’expliquer.

Le translanguaging propose exactement l’inverse.

Il considère que ces alternances sont normales.

Mieux encore, elles témoignent de la capacité des personnes plurilingues à utiliser toutes leurs ressources pour communiquer efficacement.

Dans leur ouvrage de référence, Translanguaging: Language, Bilingualism and Education publié en 2014, Ofelia García et Li Wei développent cette idée en montrant que les bilingues ne compartimentent pas leurs langues dans leur cerveau. Ils construisent progressivement un répertoire linguistique intégré, qu’ils adaptent en permanence selon leurs interlocuteurs, leurs objectifs de communication et leur environnement.

Cette évolution théorique a profondément transformé la recherche sur le bilinguisme.

Elle a également modifié la manière dont les enseignants, les orthophonistes et les spécialistes du français pour enfants expatriés interprètent les pratiques langagières des enfants vivant entre plusieurs langues.

Le translanguaging est-il la même chose que le code-switching ?

Différence entre translanguaging et code-switching

Deux notions souvent confondues

Lorsqu’un enfant expatrié dit :

« J’ai oublié mon backpack dans la classe. »

De nombreux parents décrivent spontanément cette phrase comme du code-switching. D’autres parlent de « mélange de langues », d’« interférences » ou utilisent directement le terme translanguaging. Pourtant, ces notions ne désignent pas exactement la même réalité.

Le code-switching, que l’on traduit généralement par alternance codique, est étudié depuis plusieurs décennies en sociolinguistique. Il décrit le passage d’une langue à une autre au cours d’une même conversation, d’une même phrase ou entre deux phrases successives. Cette alternance peut être motivée par différents facteurs : un changement d’interlocuteur, une nuance de sens, une émotion particulière ou encore une expression plus naturelle dans une langue donnée.

Le translanguaging adopte une perspective différente.

Il ne s’intéresse pas seulement au moment où une personne passe d’une langue à l’autre. Il remet en question l’idée même selon laquelle ces langues seraient totalement séparées dans le fonctionnement du locuteur.

Autrement dit, le code-switching décrit un comportement observable.

Le translanguaging propose un modèle théorique expliquant pourquoi ce comportement est naturel chez les personnes plurilingues.

Cette distinction est essentielle.

Un enfant qui pratique le code-switching n’est pas forcément en train de réfléchir consciemment au changement de langue. Il mobilise simplement les ressources les plus accessibles à cet instant.

Le translanguaging permet précisément de comprendre ce fonctionnement.

Et les interférences linguistiques dans tout cela ?

Une autre confusion fréquente concerne les interférences linguistiques.

Contrairement au translanguaging, les interférences correspondent à l’influence d’une langue sur une autre. Elles peuvent concerner la prononciation, la grammaire, le vocabulaire ou certaines expressions.

Par exemple, lorsqu’un enfant anglophone dit :

« Je suis dix ans. »

au lieu de :

« J’ai dix ans. »

Il ne pratique pas du translanguaging.

En effet, il réalise une interférence grammaticale en transférant la structure anglaise I am ten years old vers le français.

De même, lorsqu’un enfant utilise le mot anglais actually avec le sens de « actuellement », il s’agit d’un faux ami, et non d’un exemple de translanguaging.

Ces distinctions sont importantes, car elles montrent que toutes les situations où plusieurs langues apparaissent ne relèvent pas du même phénomène.

Pour les spécialistes du français pour enfants expatriés, savoir distinguer alternance codique, interférence et translanguaging permet d’adopter une réponse pédagogique beaucoup plus adaptée.

Un enfant qui alterne naturellement entre plusieurs langues ne présente pas nécessairement une difficulté linguistique.

Bien souvent, il démontre simplement qu’il utilise son répertoire plurilingue avec une grande souplesse.

Pourquoi les enfants expatriés utilisent-ils naturellement le translanguaging ?

Le cerveau bilingue ne range pas les langues dans des compartiments séparés

Pendant une grande partie du XXᵉ siècle, les chercheurs imaginaient le bilinguisme comme la coexistence de deux systèmes linguistiques indépendants. Cette représentation a longtemps influencé les pratiques éducatives. On recommandait aux parents de séparer strictement les langues, d’éviter les mélanges et de corriger immédiatement toute alternance entre le français et une autre langue.

Les recherches contemporaines ont profondément modifié cette vision.

Le psycholinguiste François Grosjean, l’un des spécialistes les plus reconnus du bilinguisme, explique qu’un bilingue n’est pas « deux monolingues dans une seule personne ». Cette phrase, devenue une référence dans le domaine, résume parfaitement la manière dont fonctionne le cerveau plurilingue. Les langues ne vivent pas côte à côte sans jamais se rencontrer. Elles interagissent en permanence, s’enrichissent mutuellement et sont activées simultanément, même lorsqu’une seule est utilisée à l’oral.

Lorsqu’un enfant raconte sa journée en français après avoir passé plusieurs heures dans une école anglophone, son cerveau ne « désactive » pas soudainement l’anglais. Les mots appris pendant la journée restent fortement disponibles. Si le terme playground lui vient plus rapidement que « cour de récréation », il l’utilisera naturellement. Cette alternance n’est pas le signe d’un oubli du français. Elle reflète simplement la manière dont son répertoire linguistique fonctionne à cet instant.

Comprendre ce mécanisme change profondément le regard que l’on porte sur les enfants bilingues. Le translanguaging n’est plus perçu comme une erreur qu’il faudrait corriger immédiatement. Il devient l’expression naturelle d’un cerveau qui mobilise efficacement l’ensemble de ses ressources linguistiques.

Pour les familles qui accompagnent le français pour enfants expatriés, cette idée est particulièrement rassurante. Elle rappelle que l’apparition ponctuelle d’un mot anglais, espagnol ou allemand n’annonce pas nécessairement une perte du français. Elle traduit bien souvent la richesse cognitive du fonctionnement plurilingue.

Les langues sont activées en permanence

Les neurosciences confirment aujourd’hui ce que les psycholinguistes observent depuis plusieurs décennies. Lorsqu’une personne plurilingue écoute, lit ou parle dans une langue, les autres langues ne disparaissent pas complètement de son activité cérébrale. Elles restent partiellement activées et peuvent influencer la production du langage.

Cette coactivation explique de nombreux phénomènes observés chez les enfants expatriés.

Après une journée entière passée dans une école américaine, un enfant peut raconter un événement en français tout en utilisant spontanément quelques mots anglais. Le lendemain, après un week-end passé avec ses grands-parents francophones, il retrouvera beaucoup plus facilement le vocabulaire français.

Ces variations sont parfaitement normales.

Elles reflètent l’influence immédiate du contexte linguistique sur la disponibilité des mots.

Les travaux de Ellen Bialystok, spécialiste des processus cognitifs chez les bilingues, montrent que le cerveau apprend progressivement à gérer cette activation simultanée. Les enfants développent des capacités de contrôle attentionnel qui leur permettent d’adapter leurs choix linguistiques selon les situations.

Autrement dit, le translanguaging n’est pas le résultat d’un manque de contrôle.

Il témoigne au contraire de la capacité du cerveau à utiliser rapidement les ressources les plus pertinentes au moment de communiquer.

Cette observation est essentielle pour éviter certaines interprétations erronées. Beaucoup de parents pensent que leur enfant mélange les langues parce qu’il ne maîtrise pas suffisamment le français. Dans la majorité des situations, les recherches montrent que cette explication est beaucoup trop simpliste.

Le translanguaging est particulièrement fréquent chez les enfants expatriés

Un quotidien construit entre plusieurs univers linguistiques

Les enfants qui grandissent dans un contexte d’expatriation vivent une situation linguistique exceptionnelle. Dès leur réveil, ils passent souvent d’une langue à une autre sans même en avoir conscience.

Le matin, ils discutent en français avec leurs parents. Quelques minutes plus tard, ils entrent dans leur école où toutes les interactions se déroulent en anglais, en espagnol ou dans une autre langue. À midi, ils jouent avec des camarades venus de plusieurs pays. L’après-midi, ils participent à une activité sportive dans la langue du pays d’accueil. Le soir, ils retrouvent leur famille et reviennent naturellement au français.

Cette alternance permanente constitue leur quotidien.

Dans ces conditions, il serait étonnant que leurs langues restent parfaitement séparées.

Le translanguaging apparaît précisément parce que leur cerveau apprend à naviguer entre plusieurs environnements linguistiques. Les mots, les expressions et certaines structures grammaticales circulent naturellement d’une langue à l’autre au fil des situations de communication.

Cette réalité est particulièrement visible chez les français pour enfants expatriés. Leur français continue de se développer, mais il évolue dans un environnement où il n’est plus la langue dominante. Il entre quotidiennement en contact avec la langue de scolarisation, ce qui favorise l’apparition d’alternances linguistiques.

Ces pratiques ne doivent donc pas être interprétées comme un dysfonctionnement.

Elles constituent l’une des caractéristiques normales du développement plurilingue.

Le translanguaging évolue avec l’âge

Contrairement à une idée répandue, le translanguaging n’apparaît pas uniquement chez les jeunes enfants. Il accompagne souvent l’ensemble du développement linguistique.

Chez les plus petits, les alternances concernent fréquemment le vocabulaire. L’enfant utilise le mot qui lui vient le plus rapidement à l’esprit, sans se préoccuper de la langue dans laquelle il a été appris.

À mesure qu’il grandit, ces alternances deviennent plus sophistiquées. Elles peuvent concerner des expressions, des références culturelles ou certains concepts appris exclusivement dans la langue de scolarisation.

À l’adolescence, le translanguaging prend parfois une autre fonction. Il devient un marqueur d’identité sociale. Les jeunes alternent entre plusieurs langues pour exprimer leur appartenance à différents groupes, pour créer de la complicité avec leurs amis ou simplement parce que cette manière de parler correspond à leur réalité quotidienne.

Les travaux de Monica Heller montrent que ces choix linguistiques ne sont jamais anodins. Ils traduisent souvent une manière de se situer entre plusieurs cultures.

Chez les français pour enfants expatriés, cette évolution est particulièrement intéressante. Les alternances ne diminuent pas forcément avec l’âge. Elles changent de fonction. Elles deviennent progressivement une manière d’exprimer une identité plurilingue pleinement assumée.

Pourquoi le translanguaging inquiète-t-il autant les parents ?

Une idée reçue héritée d’une ancienne vision du bilinguisme

Si le translanguaging suscite autant d’inquiétudes, c’est en grande partie parce que notre représentation du bilinguisme est encore marquée par des idées anciennes. Pendant des décennies, la réussite d’un enfant bilingue a été évaluée à l’aune d’un idéal implicite : parler chacune de ses langues comme deux locuteurs monolingues distincts. Dans cette perspective, un enfant devait être capable de passer du français à l’anglais sans jamais mélanger le moindre mot, la moindre expression ou la moindre structure grammaticale.

Cette vision a profondément influencé les familles, les enseignants et parfois même certains professionnels de santé. Lorsqu’un enfant disait : « J’ai oublié mon homework », beaucoup y voyaient immédiatement un signe de faiblesse en français. Le mélange des langues était interprété comme la preuve d’une confusion mentale ou d’un développement linguistique inachevé.

Or, cette conception ne correspond plus à l’état actuel des connaissances scientifiques.

Les recherches menées depuis les années 1990 montrent que les personnes plurilingues n’utilisent pas leurs langues comme deux systèmes complètement indépendants. Elles construisent progressivement un répertoire linguistique intégré, dans lequel les langues interagissent constamment. Le translanguaging est précisément l’une des manifestations de cette organisation cognitive.

Pour les familles qui accompagnent le français pour enfants expatriés, cette évolution est essentielle. Elle invite à abandonner une logique de séparation absolue des langues pour adopter une vision plus fidèle au fonctionnement réel des enfants plurilingues.

Les parents confondent souvent translanguaging et perte du français

Dans la pratique, les inquiétudes des familles reposent rarement sur le translanguaging lui-même. Elles traduisent surtout une peur beaucoup plus profonde : celle de voir le français disparaître progressivement.

Lorsqu’un enfant commence à insérer régulièrement des mots anglais, espagnols ou allemands dans ses phrases, certains parents ont immédiatement le sentiment qu’il oublie le vocabulaire français. Cette impression est d’autant plus forte lorsque la langue de scolarisation occupe désormais la majeure partie de ses journées.

Pourtant, il est important de distinguer deux phénomènes.

Le premier est le translanguaging, qui correspond à une mobilisation naturelle de plusieurs langues au cours d’une même interaction.

Le second est le désengagement linguistique, c’est-à-dire la diminution progressive de l’utilisation d’une langue lorsqu’elle perd ses fonctions dans la vie quotidienne.

Ces deux phénomènes ne doivent pas être confondus.

Un enfant peut pratiquer très fréquemment le translanguaging tout en conservant un excellent niveau de français. À l’inverse, un enfant peut parler uniquement en français avec ses parents tout en voyant son vocabulaire s’appauvrir progressivement si cette langue ne lui permet plus de lire, d’écrire, de débattre ou d’apprendre.

Cette distinction est fondamentale.

Le véritable indicateur de la vitalité du français pour enfants expatriés n’est pas l’absence de mots étrangers dans une phrase. C’est la capacité de l’enfant à continuer à développer cette langue dans des situations variées et de plus en plus complexes.

Que disent réellement les recherches scientifiques ?

Les travaux d’Ofelia García et Li Wei

Les recherches contemporaines sur le translanguaging reposent principalement sur les travaux d’Ofelia García et de Li Wei, aujourd’hui considérés comme les principales références internationales sur cette question.

Leur approche repose sur une idée simple mais révolutionnaire : les personnes plurilingues ne passent pas constamment d’une langue à l’autre comme si elles ouvraient et fermaient plusieurs tiroirs distincts. Elles disposent d’un répertoire linguistique global, dans lequel toutes leurs ressources sont disponibles pour comprendre, apprendre et communiquer.

Cette conception change profondément notre manière d’observer les enfants bilingues.

Lorsque ceux-ci utilisent plusieurs langues dans une même conversation, ils ne manifestent pas un manque de compétence. Ils démontrent au contraire leur capacité à sélectionner rapidement les ressources les plus pertinentes pour atteindre leur objectif de communication.

Dans cette perspective, le translanguaging devient une stratégie d’adaptation particulièrement efficace.

Les auteurs soulignent également que cette souplesse linguistique peut favoriser les apprentissages. Autoriser un enfant à mobiliser toutes ses langues lorsqu’il construit un raisonnement ou découvre une nouvelle notion lui permet souvent de mieux comprendre les concepts étudiés avant de les reformuler progressivement dans chacune de ses langues.

Cette idée a profondément influencé les recherches en éducation bilingue au cours des vingt dernières années.

Le translanguaging est-il bénéfique pour les apprentissages ?

Cette question fait encore l’objet de nombreuses recherches, mais plusieurs résultats apparaissent aujourd’hui de manière relativement convergente.

Les travaux de Jim Cummins sur l’interdépendance des langues montrent que les connaissances acquises dans une langue peuvent soutenir les apprentissages réalisés dans une autre. Les compétences cognitives ne restent pas enfermées dans une seule langue. Elles circulent entre les différentes composantes du répertoire linguistique.

Cette idée rejoint directement le concept de translanguaging.

Lorsqu’un enfant comprend une notion scientifique en anglais puis en discute en français avec ses parents, il ne recommence pas son apprentissage depuis le début. Il réutilise les connaissances déjà construites dans une autre langue pour enrichir progressivement son français.

Cette circulation des savoirs est particulièrement importante pour le français pour enfants expatriés. Beaucoup d’entre eux apprennent les mathématiques, les sciences ou l’histoire dans une langue différente du français. Le rôle du maintien du français n’est donc pas de reproduire exactement les mêmes apprentissages, mais de leur permettre d’exprimer ces connaissances dans leur langue familiale.

Le translanguaging devient alors un pont entre les langues plutôt qu’un obstacle.

Les recherches actuelles montrent que ce pont peut favoriser les apprentissages lorsqu’il est accompagné de manière réfléchie et qu’il s’inscrit dans un environnement où toutes les langues sont valorisées.

Faut-il corriger un enfant lorsqu’il pratique le translanguaging ?

Corriger systématiquement n’est pas toujours la meilleure stratégie

Lorsqu’un enfant dit : « J’ai oublié mon lunchbox » ou « On a fait une science experiment aujourd’hui », la réaction instinctive de nombreux parents consiste à fournir immédiatement le mot français. Cette réponse est compréhensible. Les familles souhaitent préserver le français pour enfants expatriés et craignent que le vocabulaire de leur enfant s’appauvrisse progressivement.

Pourtant, les recherches en acquisition des langues invitent à adopter une attitude plus nuancée.

Le translanguaging n’est pas une faute de français. Il s’agit d’une stratégie de communication qui permet à l’enfant d’exprimer sa pensée avec les ressources linguistiques dont il dispose immédiatement. Interrompre systématiquement cette production pour corriger chaque mot risque parfois de déplacer l’attention de l’enfant. Au lieu de raconter son histoire, il commence à se concentrer sur la peur de commettre une erreur.

Les chercheurs en didactique des langues rappellent depuis longtemps que la communication constitue le moteur principal de l’apprentissage. Une conversation riche, même ponctuée de quelques mots empruntés à une autre langue, favorise souvent davantage le développement linguistique qu’un échange constamment interrompu par des corrections.

Cela ne signifie évidemment pas qu’il faille renoncer à enrichir le vocabulaire français.

La différence réside dans la manière de le faire.

Plutôt que d’interrompre brutalement l’enfant, il est souvent plus efficace de reformuler naturellement sa phrase.

Si l’enfant dit :

« J’ai oublié mon backpack. »

Le parent peut simplement répondre :

« Ah, tu as oublié ton sac à dos à l’école ? Tu pourras le récupérer demain ? »

Cette reformulation expose immédiatement l’enfant au vocabulaire français sans transformer la conversation en exercice scolaire.

Les recherches montrent que ces modèles linguistiques sont souvent plus efficaces que des corrections répétitives.

Le contexte compte davantage que le mot isolé

Toutes les situations de translanguaging ne se ressemblent pas.

Un enfant qui rentre d’une journée passée dans une école internationale n’utilise pas les mêmes ressources linguistiques qu’un enfant qui vient de passer deux semaines de vacances en France.

Le contexte joue un rôle majeur.

Lorsqu’un concept a été découvert exclusivement en anglais, il est logique que le mot anglais soit plus facilement accessible. C’est particulièrement vrai pour les disciplines scolaires comme les sciences, les mathématiques ou l’informatique. L’enfant maîtrise parfaitement la notion, mais son vocabulaire spécialisé s’est construit dans la langue de l’école.

Dans cette situation, le rôle des parents n’est pas de considérer le mot anglais comme un ennemi du français.

Il consiste plutôt à aider l’enfant à construire progressivement les deux lexiques.

Une conversation autour du repas, une lecture documentaire, une visite de musée ou un atelier en français permettent naturellement d’enrichir ce vocabulaire sans opposer les langues entre elles.

Le translanguaging devient alors une passerelle entre les connaissances acquises dans plusieurs langues.

C’est précisément cette circulation des savoirs que décrivent les travaux de Jim Cummins lorsqu’il explique que les compétences cognitives se transfèrent d’une langue à l’autre.

Pour les familles qui accompagnent le français pour enfants expatriés, cette perspective est particulièrement rassurante. Elle montre que chaque langue peut contribuer au développement de l’autre plutôt que la concurrencer.

Comment accompagner positivement le translanguaging ?

L’objectif n’est pas d’empêcher le translanguaging mais de continuer à faire grandir le français

Cette idée est probablement la plus importante de tout cet article.

Les recherches scientifiques ne recommandent pas de supprimer le translanguaging.

En revanche, elles rappellent qu’il est indispensable de continuer à nourrir chacune des langues de l’enfant.

Autrement dit, la question n’est pas :

« Comment empêcher mon enfant de mélanger les langues ? »

La véritable question est :

« Comment continuer à enrichir son français malgré un environnement plurilingue ? »

Cette nuance change complètement la manière d’aborder le maintien du français.

Au lieu de surveiller chaque phrase prononcée, les parents peuvent réfléchir aux occasions offertes à leur enfant d’utiliser un français riche et varié.

Lit-il régulièrement des romans adaptés à son âge ?

Échange-t-il avec d’autres enfants francophones ?

A-t-il l’occasion de débattre, d’argumenter, de raconter ou de créer en français ?

Découvre-t-il de nouveaux domaines de vocabulaire dans cette langue ?

Toutes ces expériences contribuent beaucoup plus durablement au développement du français pour enfants expatriés que la simple correction de quelques mots empruntés à une autre langue.

Le translanguaging ne constitue pas le véritable enjeu.

L’enjeu est de maintenir le français comme une langue vivante, capable d’accompagner l’enfant dans toutes les dimensions de son développement.

Ce que j’observe chez les enfants de Parlamamie

Depuis plusieurs années, j’accompagne des enfants francophones expatriés répartis dans plus de soixante groupes, sur cinq continents et dans quatorze niveaux différents. Cette diversité me permet d’observer quotidiennement la manière dont les langues interagissent chez les jeunes plurilingues.

Le translanguaging est omniprésent.

Les plus jeunes recherchent parfois un mot appris le matin à l’école internationale. Les adolescents alternent plus facilement entre plusieurs langues lorsqu’ils évoquent des notions scientifiques, des références culturelles ou des sujets liés à leur vie quotidienne.

Pourtant, un élément revient avec une remarquable constance.

Les enfants qui continuent à lire, écrire, débattre, jouer et réfléchir en français voient leur maîtrise du français progresser, même s’ils pratiquent régulièrement le translanguaging.

À l’inverse, ceux qui utilisent exclusivement le français pour les consignes familiales ou les devoirs scolaires voient progressivement leur vocabulaire s’appauvrir, alors même qu’ils mélangent parfois moins les langues.

Cette observation rejoint parfaitement les conclusions des chercheurs.

Le problème n’est pas le translanguaging.

Le véritable défi consiste à maintenir des usages riches et variés du français pour enfants expatriés afin que cette langue continue d’évoluer parallèlement à la langue de scolarisation.

C’est pourquoi, à Parlamamie, nous ne cherchons pas à interdire les alternances linguistiques. Nous cherchons avant tout à créer des situations où le français reste une langue de communication, de découverte, de créativité et de réflexion.

C’est cette richesse d’usages qui permet à une langue de rester vivante.

Les idées essentielles à retenir

Le translanguaging est une pratique naturelle chez les personnes plurilingues. Il ne traduit pas une confusion entre les langues, mais la capacité du cerveau à mobiliser l’ensemble de son répertoire linguistique pour communiquer.

Les recherches actuelles montrent que les enfants bilingues ne développent pas plusieurs langues totalement séparées. Ils construisent progressivement un système linguistique intégré dans lequel chaque langue peut soutenir les apprentissages réalisés dans les autres.

Le translanguaging ne doit pas être confondu avec les interférences linguistiques, les faux amis ou les erreurs grammaticales. Il constitue un phénomène distinct, largement étudié en sociolinguistique, en psycholinguistique et en didactique des langues.

Pour les familles qui souhaitent maintenir le français pour enfants expatriés, l’objectif n’est donc pas d’empêcher toute alternance entre les langues. L’enjeu consiste plutôt à offrir suffisamment de situations où le français reste une langue de lecture, de réflexion, de créativité, d’échanges et de plaisir.

Le meilleur indicateur de la vitalité du français pour enfants expatriés n’est pas l’absence de mots anglais, espagnols ou allemands dans une phrase. C’est la capacité de l’enfant à continuer de développer un français riche, nuancé et vivant tout au long de son parcours international.

Questions fréquentes sur le translanguaging (FAQ)

Le translanguaging est-il normal chez les enfants bilingues ?

Oui. Les recherches en psycholinguistique et en sociolinguistique montrent que le translanguaging constitue une pratique normale chez les enfants qui grandissent avec plusieurs langues. Il reflète le fonctionnement naturel d’un répertoire plurilingue et ne traduit pas une confusion linguistique.

Quelle différence entre le translanguaging et le code-switching ?

Le code-switching, ou alternance codique, décrit le passage observable d’une langue à une autre au cours d’une conversation. Le translanguaging est un concept plus large. Il considère que les personnes plurilingues mobilisent un répertoire linguistique intégré plutôt que plusieurs langues totalement séparées.

Le translanguaging ralentit-il l’apprentissage du français ?

Aucune recherche ne montre que le translanguaging, à lui seul, ralentit le développement du français. Ce qui influence réellement le niveau de langue est la quantité et la qualité des occasions d’utiliser le français dans des contextes variés.

Faut-il corriger un enfant lorsqu’il mélange les langues ?

Une correction systématique n’est généralement pas nécessaire. Les spécialistes recommandent plutôt de reformuler naturellement les phrases de l’enfant afin de lui offrir un modèle linguistique riche sans interrompre la communication.

Pourquoi mon enfant connaît-il un mot en anglais mais pas en français ?

Chez les français pour enfants expatriés, le vocabulaire se développe souvent dans la langue de scolarisation. Si un concept scientifique est appris à l’école en anglais, il est normal que le mot anglais soit plus rapidement accessible. Cela ne signifie pas que l’enfant perd son français.

Les enseignants doivent-ils autoriser le translanguaging ?

Les recherches en éducation bilingue montrent que le translanguaging peut devenir un véritable outil pédagogique lorsqu’il est utilisé de manière réfléchie. Il permet aux élèves de mobiliser toutes leurs connaissances pour construire de nouveaux apprentissages.

Les enfants expatriés pratiquent-ils davantage le translanguaging ?

Oui. Les enfants vivant dans un environnement international alternent quotidiennement entre plusieurs langues. Cette exposition favorise naturellement le translanguaging, qui devient une stratégie de communication adaptée à leur réalité.

Le translanguaging empêche-t-il de réussir un examen de français ?

Non. Les enfants qui développent un français pour enfants expatriés riche et structuré peuvent parfaitement réussir des certifications comme le DELF, l’IGCSE French ou l’IB French. Le translanguaging n’est pas incompatible avec une excellente maîtrise du français.

Conclusion

Pendant longtemps, le fait de mélanger plusieurs langues a été perçu comme une faiblesse. Les enfants bilingues étaient encouragés à compartimenter leurs langues et à éviter toute alternance. Cette représentation a profondément marqué les familles et les pratiques éducatives.

Les recherches actuelles racontent une histoire différente.

Le translanguaging montre que les personnes plurilingues ne naviguent pas entre plusieurs langues totalement indépendantes. Elles mobilisent un répertoire linguistique unique, construit au fil de leurs expériences, de leurs apprentissages et de leurs interactions sociales.

Cette évolution des connaissances est particulièrement importante pour les familles expatriées.

Lorsqu’un enfant dit : « J’ai oublié mon backpack. », il ne démontre pas nécessairement une faiblesse en français. Il mobilise simplement les ressources les plus accessibles au moment où il raconte sa journée.

La véritable question n’est donc plus :

« Pourquoi mélange-t-il les langues ? »

Elle devient :

« Son français continue-t-il à grandir ? »

Si cette langue lui permet encore de lire, d’écrire, de raconter, de débattre, de créer, de rire, de réfléchir et de construire des relations, alors elle continue de vivre.

Le maintien du français pour enfants expatriés ne consiste pas à empêcher le translanguaging.

Il consiste à faire en sorte que le français conserve une place suffisamment riche dans la vie de l’enfant pour accompagner son développement intellectuel, culturel et affectif.

Au fond, le translanguaging nous rappelle une idée essentielle.

Les langues ne sont pas des cases que l’on ouvre et que l’on referme.

Elles forment un patrimoine vivant qui évolue avec l’enfant, nourrit sa pensée, construit son identité et l’accompagne tout au long de son parcours.

A bientôt pour de nouveaux contenus sur le maintien du français en expatriation !

Elodie de Parlamamie

Article écrit par Elodie Vincent 

Experte en acquisition des langues chez les enfants plurilingues et professeure de français langue maternelle (FLM), français langue seconde (FLS) et français langue étrangère (FLE) depuis 2009. Titulaire d’un Master 2 en didactique des langues, autrice de plusieurs ouvrages consacrés à l’apprentissage du français et fondatrice de Parlamamie, elle accompagne des centaines d’enfants expatriés à travers le monde dans le maintien du français et la construction d’un bilinguisme durable. Ses travaux portent notamment sur le plurilinguisme, les enfants de troisième culture et la transmission des langues au sein des familles expatriées.

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