CNED et expatriation : pourquoi le CNED ne répond pas à toutes les situations des enfants expatriés

CNED et expatriation

Lorsqu’une famille française s’installe à l’étranger, une question revient presque toujours : comment permettre à son enfant de conserver un bon niveau de français ? Pour beaucoup de parents, la réponse semble évidente. Une simple recherche sur Internet conduit rapidement vers le CNED, le Centre national d’enseignement à distance. Cet établissement public est souvent présenté comme la solution de référence pour poursuivre une scolarité française depuis l’étranger. Son sérieux, son lien avec l’Éducation nationale et la qualité de ses programmes en font naturellement un choix rassurant.

Pourtant, au fil des années, en accompagnant des centaines de familles expatriées, j’ai constaté que cette réponse ne convenait pas systématiquement à tous les enfants. Non pas parce que le CNED serait une mauvaise solution — bien au contraire. Le CNED remplit parfaitement la mission qui lui est confiée. En revanche, cette mission ne correspond pas nécessairement aux besoins de toutes les familles vivant hors de France.

Cette distinction est essentielle. Beaucoup de parents confondent encore deux objectifs pourtant très différents : suivre le programme scolaire français et maintenir le français comme langue familiale, culturelle et identitaire. Dans certains cas, ces deux objectifs se rejoignent. Dans d’autres, ils s’éloignent progressivement au fil des années d’expatriation.

Les recherches en didactique des langues, en sociolinguistique et en psycholinguistique montrent aujourd’hui que les enfants plurilingues développent leurs compétences selon des trajectoires très différentes de celles des élèves vivant en France. Ils n’apprennent pas le français dans le même environnement, n’utilisent pas cette langue pour les mêmes fonctions et ne poursuivent pas toujours les mêmes projets scolaires. Dès lors, il paraît difficile d’imaginer qu’un seul parcours puisse répondre à l’ensemble de ces situations.

La véritable question n’est donc pas de savoir si le CNED est une bonne solution. La question est beaucoup plus simple : est-ce la solution la plus adaptée au projet linguistique et scolaire de votre enfant ?

C’est cette réflexion que je vous propose d’explorer dans cet article.

CNED et expatriation : le CNED a été conçu pour répondre à une mission précise

Avant de s’interroger sur les limites du CNED dans certaines situations, il est indispensable de rappeler ce qu’est réellement cet établissement. Le Centre national d’enseignement à distance est un organisme public placé sous la tutelle du ministère de l’Éducation nationale. Sa vocation est de permettre aux élèves qui ne peuvent pas fréquenter un établissement scolaire français de suivre les programmes officiels à distance. Cette mission existe depuis plus de quatre-vingts ans et répond à des besoins très variés : enfants expatriés, élèves en situation de handicap, sportifs de haut niveau, artistes, jeunes hospitalisés ou encore familles itinérantes. Le CNED n’a donc jamais été conçu comme une méthode de maintien d’une langue familiale, mais bien comme une modalité de scolarisation.

Une progression différente

Cette précision peut sembler anodine, mais elle change complètement la manière de comprendre les objectifs de ce dispositif. Le CNED reproduit les programmes de l’Éducation nationale française. Les compétences travaillées, les progressions, les évaluations et les attendus correspondent à ceux d’un élève scolarisé en France. Lorsqu’un enfant prévoit de réintégrer rapidement une école française, cette continuité pédagogique représente un véritable atout. Il retrouve les mêmes contenus, la même progression et les mêmes exigences que ses camarades restés en France.

Dans ce contexte, il serait injuste de considérer que le CNED ne fonctionne pas. Au contraire, il accomplit précisément la mission pour laquelle il a été créé. Le problème apparaît lorsque les familles lui demandent de répondre à des objectifs qui ne sont pas les siens. Beaucoup de parents expatriés recherchent avant tout une solution pour maintenir le français de leur enfant. Or, maintenir une langue et suivre un programme scolaire sont deux démarches qui ne se recouvrent pas toujours.

Une confusion fréquente

Cette confusion est fréquente parce que, en France, langue maternelle et langue de scolarisation coïncident généralement. Les enfants utilisent le français à la maison, à l’école, avec leurs amis, dans leurs activités extrascolaires, dans les médias et dans l’espace public. En expatriation, cette situation change complètement. Le français devient souvent une langue minoritaire, parfois limitée au cercle familial, tandis que les apprentissages scolaires se déroulent dans une autre langue. Les besoins linguistiques de ces enfants deviennent alors très spécifiques.

Tous les enfants expatriés ne poursuivent pas le même projet

C’est probablement l’idée la plus importante de cet article. Lorsqu’on parle d’expatriation, on a souvent tendance à imaginer un profil unique : une famille française vivant temporairement à l’étranger avant de revenir en France. Cette situation existe toujours, mais elle est loin de représenter l’ensemble des parcours internationaux actuels.

Aujourd’hui, les profils des familles expatriées sont extrêmement variés. Certaines vivent à l’étranger pour une mission de deux ou trois ans avant un retour programmé. D’autres se sont installées durablement dans leur pays d’accueil et n’envisagent pas de rentrer. Certaines sont composées de deux parents français, tandis que d’autres réunissent plusieurs langues et plusieurs cultures au sein du même foyer. De nombreux enfants fréquentent des écoles internationales, britanniques, américaines ou locales et poursuivront ensuite leurs études dans ces systèmes éducatifs. D’autres préparent déjà un International Baccalaureate (IB), un IGCSE, un High School Diploma, un Bachillerato espagnol ou un Abitur allemand.

Ces réalités produisent des besoins très différents.

Imaginons deux enfants de dix ans vivant tous les deux à l’étranger.

Le premier retournera dans une école française dès l’année suivante. Pour lui, suivre le programme officiel est essentiel afin d’assurer une transition sans rupture. Dans cette situation, le CNED répond parfaitement à l’objectif fixé par la famille.

Le second est né à l’étranger. Il fréquente une école internationale depuis la maternelle et poursuivra probablement ses études dans une université anglophone. Ses parents souhaitent qu’il conserve un excellent niveau de français pour communiquer avec sa famille, lire la littérature francophone, obtenir un diplôme comme le DELF B2 ou le DALF C1 et préserver son identité culturelle. Son objectif n’est pas de suivre le programme scolaire français, mais de maintenir une langue vivante et de haut niveau.

Ces deux enfants parlent français.

Ils vivent tous les deux à l’étranger.

Pourtant, leurs besoins pédagogiques sont radicalement différents.

C’est précisément pour cette raison qu’il n’existe pas de solution unique capable de répondre à toutes les situations.

Maintenir le français ne consiste pas à recréer une école française

Cette distinction est souvent difficile à percevoir pour les familles, car elle remet en question une idée très répandue : pour conserver son niveau de français, il faudrait reproduire le plus fidèlement possible ce qui est enseigné dans une école en France.

Les recherches en didactique des langues montrent pourtant que les enfants plurilingues ne développent pas leurs compétences comme des élèves monolingues. Depuis plusieurs décennies, des chercheurs comme Jim Cummins, François Grosjean ou Annick De Houwer expliquent que chaque langue remplit des fonctions différentes selon les contextes de vie de l’enfant.

Un élève scolarisé à Londres, Montréal, Singapour ou Barcelone apprend les mathématiques, les sciences, l’histoire et la géographie dans une autre langue que le français. Son vocabulaire scolaire se construit principalement dans cette langue. Lui demander de reproduire exactement les mêmes apprentissages en français ne répond pas toujours à ses besoins réels.

Son défi est ailleurs.

Il s’agit de continuer à enrichir son vocabulaire en français, de développer une expression orale nuancée, d’apprendre à argumenter, à écrire différents types de textes, à découvrir la littérature, la culture et les références francophones. Il s’agit aussi de lui permettre de conserver une langue suffisamment solide pour échanger avec sa famille, réussir un examen de français ou envisager, plus tard, des études ou une carrière dans un environnement francophone.

Autrement dit, maintenir le français ne consiste pas nécessairement à refaire ce qui a déjà été appris dans une autre langue.

Il consiste à construire des compétences complémentaires.

C’est précisément cette différence de perspective qui distingue un parcours de maintien du français d’un parcours de scolarisation française.

Pourquoi le CNED ne répond pas à toutes les situations des enfants expatriés
Pourquoi le CNED ne répond pas à toutes les situations des enfants expatriés

CNED et expatriation : le programme scolaire n’est pas toujours le meilleur objectif linguistique

L’une des erreurs les plus fréquentes consiste à penser que maintenir le français signifie nécessairement suivre le programme scolaire français. Cette idée paraît logique au premier abord. En France, la langue maternelle et la langue de scolarisation se confondent. Les enfants apprennent le français tout en apprenant les mathématiques, les sciences, l’histoire ou la littérature. La progression linguistique accompagne naturellement la progression scolaire.

En expatriation, cette réalité est profondément différente.

Un enfant qui fréquente une école britannique, américaine, allemande ou internationale développe ses compétences académiques dans une autre langue. Il apprend à argumenter, à rédiger des dissertations, à résoudre des problèmes complexes et à construire sa pensée dans la langue de son établissement scolaire. Le français n’est plus sa langue d’apprentissage quotidienne. Il devient une langue familiale, culturelle ou patrimoniale.

Dans cette situation, reproduire exactement le programme français ne répond pas toujours aux besoins réels de l’enfant.

Prenons l’exemple d’une élève de douze ans scolarisée dans une école internationale à Barcelone. Toute sa journée se déroule en anglais et en espagnol. Elle suit un excellent niveau en mathématiques, en sciences et en littérature anglaise. Ses parents souhaitent qu’elle conserve un français riche afin qu’elle puisse communiquer avec sa famille, préparer un DELF B2 dans quelques années et conserver la possibilité d’étudier un jour dans un établissement francophone si elle le souhaite.

Définir ses objectifs

Son objectif n’est pas de refaire en français ce qu’elle apprend déjà dans deux autres langues.

Son objectif est de continuer à développer le français comme langue de communication, de réflexion, de culture et d’expression écrite.

Cette nuance est essentielle.

Comme le rappelle Jim Cummins, les compétences cognitives acquises dans une langue sont largement transférables vers les autres langues. Un enfant n’a pas besoin de réapprendre le raisonnement mathématique ou la démarche scientifique en français pour continuer à développer sa langue française. En revanche, il doit continuer à enrichir son vocabulaire, sa syntaxe, sa capacité à argumenter et sa connaissance de la culture francophone.

Le maintien du français relève donc davantage d’une logique de complémentarité que de duplication.

Les enfants plurilingues n’apprennent pas comme les élèves monolingues

Cette idée est aujourd’hui largement admise par les chercheurs en acquisition des langues.

Pendant longtemps, les systèmes éducatifs ont été pensés pour des élèves monolingues. Les programmes scolaires supposent que tous les apprentissages se construisent dans une seule langue. Les enfants expatriés, eux, vivent une situation bien différente.

Ils développent simultanément plusieurs langues, chacune remplissant des fonctions spécifiques.

La langue de scolarisation devient souvent la langue des apprentissages académiques.

La langue du pays d’accueil permet de s’intégrer dans la société, de nouer des amitiés et de participer à la vie quotidienne.

Le français, quant à lui, peut devenir la langue de la famille, des vacances, de certains loisirs ou des échanges avec les grands-parents.

Les travaux de François Grosjean insistent sur cette réalité : un bilingue n’est pas deux monolingues réunis dans une seule personne. Chaque langue possède son histoire, ses domaines d’utilisation et ses interlocuteurs privilégiés. Chercher à reproduire exactement le parcours d’un élève vivant en France revient donc à ignorer la richesse, mais aussi la complexité, du développement plurilingue.

Les recherches d’Annick De Houwer montrent également que le maintien d’une langue dépend moins des contenus enseignés que des occasions réelles de l’utiliser. Une langue continue à progresser lorsqu’elle permet de raconter, de débattre, de lire, d’écrire, de réfléchir et d’interagir avec d’autres personnes. À l’inverse, une langue qui n’est mobilisée que pour réaliser des exercices scolaires finit souvent par perdre une partie de son attrait.

C’est pourquoi il est parfois préférable d’accompagner le développement du français autrement que par une simple reproduction du programme scolaire français.

Le véritable enjeu : construire un parcours cohérent avec le projet de l’enfant

Lorsqu’une famille choisit une solution pour maintenir le français, elle se concentre souvent sur les outils disponibles : école française, CNED, cours particuliers, association FLAM, école internationale ou cours en ligne.

Pourtant, les chercheurs qui travaillent sur la Family Language Policy, notamment Bernard Spolsky, rappellent qu’il faudrait commencer par une autre question.

Quel est notre projet linguistique ?

  • Souhaitons-nous préparer un retour en France dans deux ans ?
  • Notre enfant poursuivra-t-il sa scolarité dans un système international ?
  • Voulons-nous simplement qu’il puisse communiquer avec ses grands-parents ?
  • Espérons-nous qu’il obtienne un diplôme de français reconnu internationalement ?
  • Souhaitons-nous préserver son identité francophone sur le long terme ?

Ces objectifs ne sont pas équivalents.

Ils conduisent naturellement à des choix pédagogiques différents.

Une famille qui prépare un retour rapide en France aura tout intérêt à privilégier une continuité avec le programme de l’Éducation nationale.

À l’inverse, une famille installée durablement à l’étranger cherchera peut-être davantage à construire un français vivant, solide et évolutif, capable d’accompagner l’enfant dans son parcours international.

Dans ce cas, les apprentissages pourront être organisés autour d’autres objectifs : enrichissement lexical, littérature jeunesse, argumentation, expression orale, culture francophone, préparation aux certifications comme le DELF, le DALF, l’IB French ou l’IGCSE French.

Le français cesse alors d’être uniquement une matière scolaire.

Il devient une compétence internationale.

Penser en termes de compétences plutôt qu’en termes de programmes

Cette évolution rejoint les grandes orientations du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL).

Depuis plusieurs années, l’enseignement des langues s’intéresse moins à l’accumulation de connaissances qu’au développement de compétences de communication. Il ne s’agit plus seulement de connaître une règle de grammaire ou une liste de vocabulaire. Il s’agit de savoir utiliser la langue dans des situations variées, de comprendre différents types de documents, d’argumenter, de convaincre, d’écrire, d’interagir et d’adapter son discours à différents contextes.

Pour un enfant expatrié, cette approche est particulièrement pertinente.

Dans la vie quotidienne, les interactions n’évalueront pas sa capacité à reproduire un manuel scolaire français.

En revanche, il devra peut-être rédiger une lettre de motivation en français, passer un entretien universitaire, présenter un projet devant un jury, communiquer avec sa famille ou obtenir une certification reconnue.

Les compétences attendues dépassent largement le cadre du programme scolaire.

C’est pourquoi les parcours de maintien du français gagnent à être pensés autour des besoins réels de l’enfant plutôt qu’autour d’une simple progression disciplinaire.

Les apports du FLE, du FLS et du FLM dans le maintien du français

Lorsqu’on parle du maintien du français chez les enfants expatriés, une confusion revient très souvent. Beaucoup de parents pensent qu’il existe une seule manière d’enseigner le français. Pourtant, la didactique des langues distingue plusieurs approches, chacune répondant à des profils d’apprenants différents.

Le Français Langue Étrangère (FLE) :

Il s’adresse aux personnes qui apprennent le français comme une langue nouvelle. Les situations de communication, les progressions grammaticales et les objectifs pédagogiques sont pensés pour des apprenants qui ne parlent pas français dans leur quotidien.

Le Français Langue Seconde (FLS)

Il concerne des enfants qui vivent dans un environnement où le français est nécessaire à leur scolarisation ou à leur intégration sociale. Les apprentissages sont fortement liés aux besoins scolaires.

Le Français Langue Maternelle (FLM)

Quant à lui, répond à une réalité encore différente. Il concerne les enfants qui possèdent déjà un lien affectif avec le français, mais qui grandissent dans un environnement où cette langue n’est pas dominante.

Cette distinction peut sembler théorique. En réalité, elle transforme profondément la manière d’enseigner.

Un enfant expatrié comprend souvent beaucoup plus de français qu’il n’est capable d’en produire. Il possède des références culturelles françaises, mais développe son vocabulaire scolaire dans une autre langue. Il maîtrise parfois parfaitement l’oral, mais rencontre des difficultés en orthographe ou en production écrite. À l’inverse, certains enfants lisent très bien en français tout en ayant un vocabulaire plus limité dans les domaines scientifiques ou abstraits.

Ces profils sont très éloignés de ceux d’un élève scolarisé en France.

Les travaux de Daniel Coste, Jean-Paul Cuq, Louise Dabène ou encore Christian Puren rappellent que la didactique des langues doit toujours partir des besoins réels de l’apprenant. Un parcours efficace ne consiste donc pas à appliquer un programme identique pour tous, mais à identifier les compétences qui méritent d’être développées.

C’est précisément ce qui explique pourquoi certains enfants expatriés progressent davantage dans un parcours conçu pour le maintien du français que dans une reproduction fidèle du programme scolaire français. Leur situation linguistique est tout simplement différente.

Maintenir une langue, ce n’est pas seulement enseigner la grammaire

Lorsqu’un enfant vit à l’étranger depuis plusieurs années, la principale difficulté n’est pas toujours grammaticale.

Dans la majorité des cas, il continue à communiquer en français avec ses parents sans rencontrer de problème majeur. Les difficultés apparaissent ailleurs.

Son vocabulaire se spécialise progressivement dans la langue de scolarisation. Il connaît parfaitement les termes scientifiques, historiques ou mathématiques… mais uniquement en anglais, en espagnol ou en allemand. Lorsqu’il doit parler de ces mêmes sujets en français, il cherche ses mots, traduit littéralement certaines expressions ou simplifie son discours.

C’est un phénomène parfaitement normal.

Comme l’explique François Grosjean, chaque langue remplit des fonctions particulières dans le cerveau du bilingue. Les connaissances ne disparaissent pas. Elles s’organisent selon les contextes dans lesquels elles sont acquises.

Cette réalité implique une conséquence pédagogique importante.

Le maintien du français ne consiste pas seulement à enseigner des règles de grammaire ou de conjugaison. Il s’agit également d’enrichir les domaines dans lesquels cette langue est utilisée.

Parler d’actualité.

Découvrir les sciences.

Débattre.

Lire des romans.

Analyser un documentaire.

Présenter un exposé.

Développer une argumentation.

Toutes ces activités permettent au français de continuer à évoluer parallèlement à la langue de scolarisation.

Si ces situations disparaissent, le français risque progressivement de rester cantonné aux conversations familiales.

Or, une langue qui cesse de progresser finit souvent par perdre en précision et en richesse.

Les certifications internationales : un objectif parfois plus pertinent que le programme français

Un autre élément mérite d’être pris en compte.

Toutes les familles expatriées n’ont pas pour objectif un retour en France.

Pour certaines, le projet consiste plutôt à poursuivre des études dans une université internationale tout en conservant un excellent niveau de français.

Dans ce contexte, les certifications officielles prennent une importance particulière.

Le DELF, le DALF, l’IB French, l’IGCSE French, les doubles diplômes comme le Bachibac, l’Abibac ou encore les certifications universitaires constituent souvent des objectifs beaucoup plus cohérents que le simple suivi du programme scolaire français.

Ces examens évaluent la capacité à communiquer, argumenter, comprendre des documents complexes et produire des écrits adaptés à différentes situations.

Ils s’appuient largement sur le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL), aujourd’hui utilisé dans la plupart des systèmes éducatifs internationaux.

Préparer ces certifications permet souvent de donner un véritable projet à la langue française.

L’enfant comprend pourquoi il continue à investir cette langue.

Il ne travaille plus uniquement parce que ses parents le lui demandent.

Il développe une compétence reconnue dans le monde entier.

Cette dimension motivationnelle est loin d’être secondaire.

Les recherches sur la motivation en apprentissage des langues, notamment celles de Zoltán Dörnyei et de Bonny Norton. Ils montrent que les apprenants s’investissent davantage lorsqu’ils perçoivent un objectif concret et valorisant.

Le maintien du français gagne donc à s’inscrire dans un projet de long terme, adapté au parcours international de chaque enfant.

Le plaisir reste le moteur principal du maintien du français

Les familles recherchent souvent la meilleure méthode, le meilleur manuel ou le meilleur dispositif.

Pourtant, les recherches convergent toutes vers une idée simple : aucune méthode ne compensera durablement le manque de plaisir.

Un enfant qui associe systématiquement le français aux devoirs, aux corrections et aux contraintes finira souvent par réduire progressivement son engagement envers cette langue.

À l’inverse, un enfant qui lit des romans passionnants, participe à des ateliers, joue, échange avec d’autres jeunes francophones, découvre des films, prépare un voyage ou participe à des projets collaboratifs continuera naturellement à investir le français.

Cette idée rejoint les travaux de Joshua Fishman sur le maintien des langues, mais aussi ceux de Bernard Spolsky concernant la Family Language Policy.

Une langue ne se transmet pas uniquement parce qu’elle est enseignée.

Elle se transmet parce qu’elle est vécue.

Cette phrase résume probablement tout l’enjeu du maintien du français en expatriation.

Parfait. Nous arrivons à la conclusion de l’article. Je vais volontairement terminer sur une réflexion plus large que le simple choix du CNED. C’est ce qui permettra à l’article de devenir une véritable référence et de renforcer le positionnement de Parlamamie.

Choisir un parcours, c’est avant tout choisir un projet

Au fond, la question du CNED dépasse largement le choix d’un organisme ou d’une méthode pédagogique. Elle invite les familles à réfléchir au projet qu’elles souhaitent construire pour leur enfant.

Souhaitent-elles préparer un retour dans le système scolaire français ?

Veulent-elles maintenir un excellent niveau de français tout en poursuivant une scolarité internationale ?

L’objectif est-il de préserver les échanges avec les grands-parents, de transmettre une culture familiale ou de préparer des certifications reconnues à l’international ?

Toutes ces ambitions sont légitimes.

Mais elles ne nécessitent pas forcément le même parcours.

L’une des difficultés de l’expatriation est précisément que les repères habituels disparaissent. En France, le parcours scolaire est relativement linéaire. À l’étranger, les trajectoires deviennent beaucoup plus diverses. Un enfant peut changer plusieurs fois de pays, de langue de scolarisation et même de système éducatif au cours de son enfance.

Dans ce contexte, vouloir appliquer une solution unique à toutes les situations revient à ignorer la richesse et la diversité des parcours internationaux.

Les recherches en didactique des langues insistent depuis plusieurs années sur la nécessité de partir des besoins réels des apprenants plutôt que des programmes eux-mêmes. Christian Puren rappelle que toute démarche pédagogique doit être pensée en fonction des objectifs poursuivis. De la même manière, Bernard Spolsky montre qu’une politique linguistique familiale efficace repose d’abord sur une réflexion globale autour des langues présentes dans la vie de l’enfant, de leurs fonctions et de leur avenir.

Cette approche est particulièrement pertinente pour les familles expatriées.

Le maintien du français n’est pas une fin en soi.

Il répond toujours à un projet.

Ce projet peut être scolaire , universitaire, professionnel, culturel, affectif.

Le rôle des parents consiste alors moins à choisir « la meilleure méthode » qu’à identifier le parcours le plus cohérent avec cette vision.

Pourquoi Parlamamie a choisi une autre approche

C’est précisément cette réflexion qui a guidé la création de Parlamamie.

Au fil des années, j’ai rencontré des centaines d’enfants expatriés vivant sur les cinq continents. Certains étaient scolarisés dans des écoles françaises. D’autres fréquentaient des établissements internationaux, britanniques, américains, espagnols ou locaux. Certains préparaient un retour en France. D’autres n’y avaient jamais vécu.

Tous avaient un point commun.

Ils parlaient français.

Mais ils ne vivaient pas le français de la même manière.

Très rapidement, il est apparu qu’il était impossible de leur proposer un parcours unique.

Un enfant préparant un IB French HL n’a pas les mêmes besoins qu’un élève visant le DELF B1.

Un enfant de six ans qui découvre progressivement la lecture en français n’apprend pas comme un adolescent qui possède déjà un excellent niveau oral mais souhaite enrichir son vocabulaire académique.

Une famille installée à Dubaï depuis un an ne poursuit pas les mêmes objectifs qu’une famille vivant à Singapour depuis quinze ans.

C’est pourquoi notre approche repose sur les principes de la didactique du FLE, du FLS et du FLM.

Nous ne cherchons pas à reproduire une classe française à distance.

Nous construisons des parcours adaptés aux profils plurilingues des enfants.

Le français devient alors une langue qui continue de grandir avec eux.

Une langue qui accompagne leur développement intellectuel.

Une langue qui leur permet de lire, d’écrire, d’argumenter, de débattre, de découvrir la littérature et de préparer les certifications correspondant réellement à leur avenir.

Le maintien du français cesse d’être une reproduction du système scolaire français.

Il devient un projet linguistique international.

Dernières pensées sur le sujet

Le CNED est un outil remarquable.

Depuis plusieurs décennies, il permet à des milliers d’élèves de poursuivre leur scolarité française partout dans le monde et répond parfaitement à sa mission de service public. Pour de nombreuses familles, notamment celles qui préparent un retour dans le système scolaire français, il constitue la solution la plus pertinente.

Mais l’expatriation a profondément évolué.

Aujourd’hui, les familles françaises à l’étranger présentent des profils extrêmement variés. Les enfants grandissent dans des environnements plurilingues. Ils fréquentent des systèmes éducatifs internationaux et construisent des parcours qui dépassent souvent les frontières d’un seul pays.

Le maintien du français ne peut donc plus être envisagé uniquement comme une continuité scolaire.

Il doit être pensé comme un projet linguistique à part entière.

Les recherches de Jim Cummins, François Grosjean, Annick De Houwer, Joshua Fishman et Bernard Spolsky convergent toutes vers une même idée : une langue se développe lorsqu’elle reste utile, vivante et investie dans des situations de communication authentiques.

Cette idée change profondément la manière d’accompagner les enfants expatriés.

L’objectif n’est plus seulement de suivre un programme.

Il s’agit de permettre au français de continuer à évoluer au même rythme que l’enfant.

De devenir une langue de réflexion, de lecture, de culture, d’amitié, de projets et, demain, peut-être d’études ou de carrière.

Au fond, le véritable enjeu n’est pas de savoir si le CNED est suffisant ou non.

La véritable question est beaucoup plus importante.

Quel adulte francophone souhaitez-vous que votre enfant devienne dans dix ou quinze ans ?

Lorsque cette réponse est claire, le choix du parcours devient beaucoup plus simple.

A bientôt pour de nouveaux contenus sur le maintien du français en expatriation !

Elodie de Parlamamie

Article écrit par Elodie Vincent, experte en acquisition des langues chez les enfants plurilingues et professeure de français langue maternelle (FLM), français langue seconde (FLS) et français langue étrangère (FLE) depuis 2009. Titulaire d’un Master 2 en didactique des langues, autrice de plusieurs ouvrages consacrés à l’apprentissage du français et fondatrice de Parlamamie, elle accompagne des centaines d’enfants expatriés à travers le monde dans le maintien du français et la construction d’un bilinguisme durable. Ses travaux portent notamment sur le plurilinguisme, les enfants de troisième culture et la transmission des langues au sein des familles expatriées.

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